Un journal des dérives, disséminations et dissimulations d’objets personnels et trouvés.
Édition Spéciale – Automne 2008
Journal sur le thème de l’emploi incongru des espaces interstitiels dans les lieux commerciaux, les universités et les bureaux comme espaces de rangement public, occasionnels et temporaires, pouvant servir à différents usages. Le journal et l’action documentée laissent place à la rumeur. Questionnant nos rapports à l’autre et à l’inconnu dans le contexte de la vie en collectivité, le projet oscille entre fiction et réalité. Il s’y opère un « glissement » du relationnel dans la mesure où l’imaginaire devient le nouvel espace à infiltrer et le public, un dispositif d’infiltration. La réinsertion de l’incertain dans le quotidien et la fragilisation des frontières établies entre public et privé révèlent les failles des systèmes de régulation ; le projet interroge la possibilité de sécuriser totalement nos environnements de vie et encourage diverses formes d’appropriation inusitées, d’adaptation d’objet et d’aménagement à priori anodins.
À New York – j’avais 17 ans et plus d’argent pour rentrer à Montréal. J’avais beau supplier le préposé aux billets d’autobus, aucune dérogation ou exception n’étaient permises. Sans autre recours, j’ai bradé toute une nuit, au terminal Port Authority, tous mes objets personnels et même mon manteau, pour finir par quêter afin d’amasser la somme nécessaire. N’ayant pas atteint – bien que de peu –mon objectif, j’ai plutôt décidé de manger et de prendre un autobus en direction de Montréal jusqu’au premier village sur la 87, où je descendrais et poursuivrais sur le pouce. À Albanie, sur l’autoroute, la police m’a arrêté deux fois et m’a interdit de refaire du pouce sous peine d’arrestation. Revenir, c’est souvent plus difficile que partir.
Objet : thermos contenant 8-10$ et des pièces de monnaie disséminées à différents endroits dans la station d’autobus
Lundi, j’ai acheté une salade de lentilles que j’ai voulu manger sur place. J’ai failli me casser une dent sur une petite roche noire. J’ai voulu retourner la salade, mais on m’a dit que c’était un article « 50% réduit pour vente rapide » et donc … fallait s’y attendre. Aucun remboursement ou échange n’était permis. J’ai pesté, la gérante est venue me voir et m’a redonné une nouvelle salade identique à la précédente, mais, cette fois-ci, complètement congelée. Ça m’apprendra.
Objet : tout pour se faire une bonne salade gratuitement : betteraves, pommes de terre, oignons, artichauts en conserves et autres produits non périssables, et 250 grammes de café pour se faire un bon expresso.
Le green devant le CCA est un espace public appartenant au domaine public, mais sous la juridiction privée du CCA. Hautement surveillé, clôturé, mais accessible, il est sous-utilisé, presque inemployé, mais pourrait offrir aux résidants du quartier, lequel estpresque complètement dépourvu d’espaces publics, un lieu permettant la tenue de nombreuses activités telles que le jeu.
Objets : trois frisbees récupérés et un jeu de badminton
Tour à bureaux et siège social de LA CROIX BLEUE, Montréal
Cette tour possède un plan très complexe : trois entrées principales situées à différents niveaux dont une sur Sherbrooke; deux tours (est et ouest) collées ensemble et dont les deux escaliers de secours se rejoignent sur un étage central.
Objets : dissémination sur cinq étages dans des plafonds suspendus : 4e étage : draps pour lit double, couverture British Airways, 8e étage : un manteau d’hiver 12e étage : aliments en conserve, 14e étage : un chandail de laine, 16e étage : à venir